" Le Tailleur gris "Andréa Camilleri, traduit par Serge Quadruppani
Editions Metailié 2009, point 2011
Ce tailleur, dont nous parle Camilleri, est coupé dans le tissu d’une vie conjugale imparfaite –pléonasme ? -
Un banquier sicilien se doit d’être habile. Difficile en effet de traiter de questions d’argent et d’éviter les ennuis avec la mafia. Plus précisément, traitant obligatoirement avec la mafia, il faut beaucoup d’habileté pour rester en vie, tout en échappant aux foudres de la justice.
Costume gris foncé, cravate sombre et chemise invariablement blanche, notre banquier, pourtant caricature de bureaucrate insipide, est marié à une
jeune femme ravissante. Trop jeune et trop ravissante. Trop assoiffée de respectabilité, mais aussi de sexe, ce qui compose au final un cocktail dangereux…
Adèle est-elle ? ou n’est-elle pas une poupée Barbie ? Son mari la voit uniquement préoccupée de sauvegarder sa vie sociale exemplaire tout en s’envoyant son jeune et athlétique neveu installé à domicile. Il aura toute la retraite pour méditer sur les arrangements qu’il ne peut que digérer en silence. C’est du moins ce qu’il pense au début de ce roman.
Mais les évènements et la vie ne vont jamais là où on les attend.
Le duo Camilleri – Quadruppani (son traducteur attitré)
fonctionne à merveille, comme d’habitude. On retrouve toute la poésie de la langue
sicilienne revisitée par ces deux-là, si ce n’est que nous ne sommes pas dans un commissariat et qu’il n’y a pas matière à l'habituelle galerie de portraits hauts en couleurs : ce roman
n'appartient pas à la série Montalbano. Nous sommes au contraire dans les quartiers bourgeois de Montelusa où l’argent n’est pas un problème, à peine un souci.
Ce roman qui n’est pas policier n’en reste pas moins un très beau roman noir, noir comme l’amour non rendu, la désillusion, le vieillissement et l’échec. Le grand talent de Camilleri fait que l’on rit tout de même et qu’on n’a pas très envie de quitter ses pages, dans lesquelles il instille une tension très forte, quand bien même elles finissent dans l’agonie.
Magnifique Camilleri qui excelle dans tous les genres, de la comédie au drame, de l’enquête à l’étude psychologique.
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