Yasmina Khadra, ayant décidé de lire dans les astres un avenir lumineux, a lié son destin à celui de Jean-Jacques Reboux, relançant les éditions Après la Lune, un temps en sommeil. Après la Lune nous revient donc après un temps d’éclipse. Et c’est un retour en fanfare : quatre sorties quasi simultanées. Dans des genres bien différents, quatre réussites qui méritent d’être détaillées.
Collection Invitations au noir
« Fond de cale » est un opus rassemblant deux longues nouvelles, deux courts romans ? de Caryl
Ferey. JJ Reboux
les qualifie de novellas. « Fond de cale » et « L’âge de pierre ». Le premier texte a la sauvagerie incendiaire de Ferey. No futur ! Le second est un
texte étrange, très ambivalent, plein d’humour désespéré, ton auquel il nous a moins habitué et qui parle de son impossible fraternité. Du Ferey, du bon, qu’on est content de retrouver. Le
concept de la collection qu’inaugure ce volume est « l’invitation ». Un auteur consacré « invite » un auteur moins connu à faire ses preuves. Ici c’est Sophie Couronne, avec laquelle Ferey a déjà un passé littéraire commun. Elle nous offre « La décalcomanie » et « Djeddah ». Un talent
qui fait dans la ligne aigue, ne s’accordant aucune facilité.
Collection Thriller
« Icone » de Michel Chevron. C’est un polar éminemment visuel dont l’ambiance frôle parfois le
surréalisme. Le héros s’appelle « Richard Lenoir », le tueur chie sur sa vipère, le père se demande s’il convient de se battre pour récupérer sa chieuse de fille, les hommes de mains
sont harders entre deux missions… Le ryhtme pulse. On navigue entre farce macabre et désespoir érudit, le héros se battant pour garder ses yeux et retrouver son « Icône » dont le destin
inconnu de belle esclave le bouleverse , portrait miraculeux, deux millénaires de mystère…
Une mention pour la couverture, très réussie !
Ces deux là sont déjà disponibles chez les bons libraires. À venir en ce début de mai :
Collection Lunes blafardes
« Le Banquet des Silphes » second roman de Arnaud Gobin chez le même éditeur. Flic humaniste et gourmet,
mélancoliquement aux petits soins pour sa femme gravement handicapée, Simon Cassoni le corse, se trouve face à
une hécatombe dont les victimes frisent toutes
le quatrième âge. Il va retrouver le fil conducteur dans leur passé, car ils étaient jeunes au temps de l’OAS.
Une façon subtile de rappeler que le passé ne se dissipe pas en deux discours politiques, et que la vigilance est toujours de mise.
C’est un roman qui marie avec bonheur l’humour et un sens aigu de la réalité ; devient-on meilleur parce qu’on est vieux ? mort ? Cassoni nous repose la question avec brio.
« Lo Cro du Diable » de Serge Vacher nous arrache à la réalité urbaine. Il raconte avec une passion qu’on sent profonde chez l’auteur, la nature limousine, la brutalité du monde paysan mais aussi sa beauté.
Des intérêts politiques et sordides, les finances de l’Europe, le cynisme des décideurs dès que la protection de
l’environnement implique des contraintes, face au bon
sens des gens de la terre, à la pugnacité d’un gendarme, d’un journaliste et d’un ouvrier agricole qui adorent lever le coude en bonne compagnie.
Le tueur joue de l’arbalète, on tue aussi au tracteur, les légendes d’autrefois ont la vie dure et les putes ont le cœur chaleureux.
Le contexte est original, le discours intelligent, l’intrigue drôlement bien ficelée, je vous souhaite bien du plaisir !
Au total, le retour d’Après la lune est un retour brillant. On les engage vigoureusement, histoire de filer la métaphore, à poursuivre dans cette voie, que ces quatre volumes ne soient que le début d’une belle constellation.
On retrouve les éditions « Après la Lune » sur leur site
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