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555
Hélène Cestern

Editions arléa 2022 collection 1er/mille


555 ? quel drôle de titre. On pourrait penser de prime abord : voici un éditeur en mal d’inspiration qui a donné le nombre de pages du roman en guise de titre. Ce serait baroque, mais on a vu des choses plus étonnantes dans ce monde merveilleux de l’édition…
Vérification faite, le roman en compte 450 (des pages), ce qui est déjà fort honorable. Donc 555, pourquoi ? La question demeure.
Entrons donc dans l’intrigue : on y découvre dès l’entrée la passion partagée par les personnages pour Domenico Scarlatti. Mais si vous savez :  ce musicien italien du XVIIème siècle. Chacun a des raisons qui lui sont propres. L’ébéniste par amour de la musique comme auditeur, pour les souvenirs de partage liés à l’écoute des sonates de Scarlatti. Le luthier, parce que la précision de la note et la beauté des instruments sont liées. La claveciniste parce que c’est toute sa vie. Le collectionneur parce que le beau est rare… Le musicologue, parce qu’il faut bien une niche quand on veut exceller.
Ces personnages, on les découvre au travers d’une construction originale qui tiendra tout le long du livre et qui, tout arbitraire soit-elle, fonctionne à merveille. Il y a sans doute fallu pas mal de prise de tête, mais l’auteur relève le défi. Les chapitres portent le nom du personnage et sont numérotés dans l’ordre de leur survenue et surtout sont présentés toujours dans le même ordre, se succédant les uns aux autres dans une progression réglée… comme du papier à musique. Comme une sonate.
Mais de quoi s’agit-il en réalité ?
L’ébéniste qui partage un atelier avec le luthier découvre un jour une partition ancienne cachée dans un étui à violoncelle. Ne lisant pas la musique, il demande de l’aide à son collègue qui l’emmène voir la claveciniste qui déchiffre ces notes magnifiques. Il ne faut qu’une ou deux écoutes pour que tous soient persuadés qu’il s’agit là de la 556eme sonate de Scarlatti, inédite, cachée depuis deux siècles. Voilà, vous y êtes. 555 plus 1 !
Cette découverte va semer une perturbation profonde dans la vie de chacun des personnages, tous posés à la lisière d’un changement : le veuf inconsolable, le divorcée blessé, le joueur invétéré, la malade diminuée, et enfin, l’ignoble et détestable ambitieux prêt à tout.
Ne vous fiez pas à la couverture blanche.  Il y a un vrai suspens, une véritable enquête, un vrai mystère dans les 458 pages de 555 !
L’écriture légère, déliée, le plan minutieux, l’univers baigné de musique, les personnages tracés avec une grave affection. Voilà une très belle découverte. Alors, certes, le polar est plutôt orienté jazz, blues, voire rock, mais finalement, le clavecin… c’est bien aussi.
Et quant à la description de l’univers de la musique classique… Ceux qui pourraient croire à un monde rose et sucré vont découvrir rivalités et haines recuites, fort noires et bien dignes de l’étiquette polar.

Tag(s) : #critiques
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