Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Erlendur Sveinsson héros récurrent taiseux, dépressif, obsédés par les disparitions, solitaire divorcé est de plus un père calamiteux. Cela fait beaucoup pour le même homme. Si on ajoute à cette personnalité crépusculaire la météo de Reykjavik et la géographie particulière de l’Islande, alors le succès de la série des polars d’Arnaldur Indridason commencée en 1997 et qui compte aujourd’hui 14 titres, peut paraître mystérieuse. Pour une fois, citons dans leur ordre de parution initiale ces romans, dont la traduction et la publication s’est faite en France dans un inexplicable désordre après le succès de La Voix qui installa Indridason dans la contrée paradisiaque des auteurs à succès.

Le Duel - Les nuits de Reykjavik - Le Lagon noir - Les Fils de la poussière - Les Roses de la nuit - La Cité des Jarres - La Femme en vert - La Voix - L’Homme du lac - Hiver arctique – Hypothermie  - la Rivière noire - La Muraille de lave et en dernier  - Etranges Rivages
 

 

On trouve aujourd’hui tous ces titres en poche après une parution initiale aux éditions Métailié. En respectant l’ordre de lecture, on peut voir se déployer la vie et la carrière du héros, de ses débuts comme jeune inspecteur jusqu’à la fin du parcours professionnel d’un homme désabusé. Le sentiment d’abandon dont il souffre ne se relâche jamais vraiment, charpentant quasiment l’ensemble de ce cycle.

Pourquoi donc Erlendur, qu’on le trouve en première ligne comme dans les romans des débuts de la série, ou en retrait comme dans les derniers, plaît-il tant aux lecteurs français ? C’est sans doute la mélancolie désabusée du personnage qui touche. Il a traversé de nombreuses difficultés dans sa vie. Il a perdu son frère au sein d’un tempête hivernale sur un glacier dans l’enfance, et la culpabilité continue à peser quarante ans plus tard. Dans un sens, il a aussi perdu ses enfants soustraits à son affection par l’éloignement de leur mère après un divorce douloureux. Voilà bien en effet des malheurs auxquels il est difficile de rester insensible.

Les héros de polars tout-venant (de ceux qu’on trouve en tête de gondole), hélas, trois fois hélas ! sont fort souvent bâtis selon le même schéma. Dépressifs, alcooliques, touché par quelque drame qui les a ravagés. Erlendur échappe à la caricature car les tragédies qu’il a traversées sont de l’ordre de ce qui pourrait advenir au lecteur. Bien plus que de voir son enfant éviscéré et sa femme violée sous ses yeux par quelque serial killer. Ou inversement…

 

L’impact du passé sur les vivants est l’autre moteur des intrigues que traverse ce héros tout en grisaille. Certaines affaires traitées par Erlendur voient leur genèse remonter à plusieurs décennies. Ainsi le lecteur plonge-t-il avec lui dans l’histoire de l’Islande, jusqu’aux séquelles par exemple de la présence, pour ne pas parler d’occupation, des USA pendant la seconde guerre mondiale.

La série Erlendur a trouvé son terme, semble-t-il, après une sorte de disparition dans les sables du héros initial. En effet, au fur et à mesure, Erlendur, bien qu’apparaissant encore parfois, s’efface progressivement derrière le développement de personnages initialement secondaires venant occuper le devant de la scène et qu’on connait déjà bien.

C’est ainsi qu’insensiblement Erlendur a déjà presque quitté le paysage au moment où débute une nouvelle série dont le héros Konrad, est un policier déjà retraité lorsqu’il apparait. Pour l’instant, la série compte quatre titres : Ce que savait la nuit - Les Fantômes de Reykjavik - La Pierre du remords - Le Mur des silences. Veuf inconsolé, entretenant une relation compliquée avec une jeune femme plus ou moins extralucide, Konrad évolue dans une ambiance tout aussi crépusculaire que son prédécesseur. Voire encore plus mélancolique.

Et donc, sans l’avoir prémédité, survient la question.  Faut-il lire Konrad ? Trop semblables à celles de la série Erlendur, les images ont tendance à se superposer, au point que parfois on ne sait plus si l’on découvre ou si l’on relit. Se crée alors  cette bizarre attente de voir Erlendur reprendre l’enquête de Konrad qui n’est ni plus rapide, ni plus efficace, sorte de copier-coller de son prédécesseur.

J’accorde qu’on pourrait, se limitant au factuel, relever des différences. Mais c’est d’ambiance dont il s’agit, de cadre, d’esprit. Or, la magie de la découverte n’y étant plus, la déception, voire l’ennui s’installent. Peut-être de façon injuste ?

La nouvelle série ne manque pas de qualités mais sans doute fonctionnerait-elle beaucoup mieux auprès de nouveaux lecteurs ignorant tout d’Erlendur.
Ses aficionados peuvent dans doute s’en dispenser.

Tag(s) : #critiques
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :