Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Et Toujours les Forêts
Sandrine Collette

Editions de l’Epée 2020 pour le numérique/ Lattès 2020 pour le papier

On n’oublie pas la rencontre avec un premier roman comme Des Nœuds d’Acier, de Sandrine Collette. L’année de sa parution, il a trusté à peu près tous les prix, et il le méritait bien. Les œuvres qui ont suivi portaient chacune leur force propre, et certaines relèvent, selon moi, qui suis tout de même lectrice de longue date, d’une rare réussite.
Ici, qu’a-t-on ? Un homme, jeune, Corentin, dont l’enfance a été marquée par l’abandon, et qui n’a reçu d’amour que d’une arrière-grand-mère vivant quasi recluse au bord de la Forêt. Grande forêt, grands arbres, grand silence et grande solitude. Mais, arrivé comme un paquet de linge sale, Corentin va néanmoins grandir et s’épanouir jusqu’au jour de son départ pour la ville et son université.
Des indices sont semés dès le début par Sandrine Collette. La nature se dérègle, les saisons foutent le camp –ma pov’ dame…- les semailles ne lèvent pas aux périodes prévues… Et puis un jour, alors que Corentin picole et refait le monde avec ses amis étudiants dans les Catacombes parisiennes, tout s’effondre. Lorsque Corentin sort de sous la terre, la vie telle qu’il l’a connue a disparu, carbonisée sur pied.
Partir à pied vers la seule balise affective de sa vie de dérive, affronter les cendres qui recouvrent les villes, les corps desséchés sur le bord des routes et dans les maisons, des centaines de kilomètres, un pied après l’autre dans la pire des solitudes, sans savoir ce qui l’attend, là-bas, dans les grandes forêts.
Puis, ensuite, reconstruire…
Sandrine Collette semble fascinée par la fin du monde. Dans Juste Après la Vague c’était l’eau qui envahissait le monde et toute une famille qui cherchait à échapper à sa fin inéluctable. Mais l’auteure semble manifestement tout autant fascinée par les liens familiaux, les dynamiques internes au couple, aux fratries et par la capacité d’une famille à renfermer le monde entier dans son cercle.
Depuis longtemps, comme beaucoup sans doute, je vis avec l’idée que notre civilisation, telle que nous la connaissons, relève du fantasme de l’Armée Rouge que l’on croyait invincible alors que les boulons des chars tenaient avec du scotch. Sandrine Collette plante avec une grande justesse ses personnages dans la faille, et cherche chez eux ce qu’ils ont de plus humains. Et jusque dans leurs errements, on se sent en fraternité avec eux.
C’est avec une grande subtilité qu’elle installe, avec un style mesuré, jamais boursouflé, les grandes questions qui taraudent le monde actuel : ce que c’est que d’être homme, la solidarité ou son contraire, la violence et la peur, mais aussi l’amour et la beauté. La nature et sa permanence illusoire.
Aucun pathos, le mot juste et celui-là seulement, c’est un beau roman que Sandrine Colette nous offre à nouveau.



 

Tag(s) : #Livre Numérique, #critiques
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :