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Chiens de la Nuit
Kent Anderson
traduit par Jean Esch
Folio Policier 1998


Qu’est-ce que c’est que cette vieillerie que la Jeanne nous ressort de la naphtaline, 1998 ? Plus de vingt ans ?
Ceci, chers amis lecteurs, représente l’archétype du grand roman inégalable. Un niveau de lecture à des années -lumière des « ouahh coup de poing dans la gueule… le choc de ma vie… » sur les mauvaises pages fb de lectrices de thriller saturés d’hémoglobines.

Car, mesdames et messieurs lecteurs de vraie littérature, ce roman déjà ancien est un authentique chef d’œuvre qui se fiche pas mal que vous adhériez ou pas, que vous aimiez ou pas, que vous compreniez tout ou partie de sa ligne narrative capricieuse, erratique, violente et désespérée.

Le héros, Hanson, on l’a observé dans Sympathy for the Devil, paru en 1993 et qui a donné lieu encore récemment à un film dont je ne sais rien si ce n’est que l’affiche pétaradait –l’attentif lecteur aura compris qu’il n’y a pas de rapport avec Mick Jagger et Godard, bien plus anciens-. Hanson, donc, avait fait sienne la certitude de ne pas revenir de la guerre du Vietnam, et se sentait, à la fin du roman, floué comme un mari trompé. La mort n’avait finalement pas voulu de lui, et cette douleur, cette incompréhension l’empêchait de revenir au monde après avoir si souvent frôlé sa disparition. Et tous les morts, et les bruits de la guerre le poursuivaient.

Ils sont toujours là, ses morts, ses souvenirs de cadavres fondus au napalm, ses acouphènes : staccato des armes automatiques et des rotors des hélicoptères… Hanson les maitrise du mieux qu’il peut, c’est à dire bien mal, en ayant recours à une prise de risque permanente, démesurée dans l’exercice de son boulot de flic.  Avancer main tendues vers un flingue caché sous une veste, affronter la haine raciale, s’abrutir d’alcool et de cocaïne une fois son service terminé…. Voilà la vie de Hanson qui ne parle à personne hormis un vieux chien aveugle recueilli au hasard d’une ronde tandis que d’autres clebs hagards rodent en meute sauvage dans les rues de la ville.

Le style d’Anderson est d’une rare intelligence, d’une finesse incroyablement efficace . Pas de narration, de mise en place, d’explication intellectuelle du personnage. Des dialogues, des situations, des flashbacks, la bande son rythmé par le dispatcher des patrouilles. Le regard éperdu de désespoir d’un homme tout au fond d’un égout mais qui se réclame encore humain, pourtant.

Hanson et son coéquipier Dana tournent au sein d’un quartier ultra pauvre, ultra violent, ultra black, entre putes, dealers, cambrioleurs, maris violents, gamins défoncés… Une série de polaroids extrêmement contrastés à vous coller un blues carabiné.

Le lecteur, chahuté, ne peut cependant qu’avoir envie de retirer son arme des mains de Hanson, et de lui offrir un répit en lui ouvrant les bras tant son humanité déchirée est touchante.

Le style, le fond : un grand pan d’histoire des USA et une peinture de sa société qui désespèrent à moins qu’on ne soit en mesure de croire à des lendemains meilleurs.

Une lecture inoubliable.

Tag(s) : #Livre Numérique, #critiques
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