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Je ne suis pas un monstre
Carme Chaparro
traduite par Judith Vernant
Plon 2019

Le roman est organisé en chapitres centrés alternativement sur les protagonistes, avec une prédilection pour deux femmes : une inspectrice madrilène et son amie, une journaliste de TV. Ces deux-là se croisent souvent sur des scènes de crime, l’une et l’autre dans l’exercice de leurs fonctions, et la journaliste a certes plus besoin des renseignements de l’inspectrice que le contraire. Sauf quand…
Reprenons au début. Deux ans avant les évènements relatés dans Je ne suis pas un monstre, un petit garçon de quatre ans a disparu dans un centre commercial et Ana Aren, la flic, ne l’a jamais retrouvé. Les réseaux sociaux ont donné une ampleur inédite à l’enlèvement, créant pour l’occasion le personnage du Slender Man, le kidnappeur invisible, et semant une panique amplifiée par la presse. Aussi, quand la situation se reproduit à l’identique, les média s’emparent-ils du sujet avec un fracas étourdissant.
L’enquête va d’échec en échec. La pression sur Ana est énorme. Néanmoins, le roman prend le temps de nous faire découvrir la psychologie et les points saillants de personnalité des protagonistes, y compris secondaires.
Alors, oui, on a tout : les relations humaines subtiles , les tourment et les joies, le passé définissant le présent, l’enquête, la course contre la montre. Et puis, l’accélérateur subit, ce qui fait dramatiquement rebondir l’intrigue : le fils d’Inès, la journaliste, disparait à son tour. Même âge, même endroit. Quelle fatalité est-elle en œuvre ?
La lecture du roman est pleine d’enseignements sur les relations au sein des média, les mœurs de l’édition, les techniques informatiques de pointes, le fonctionnement de services de police espagnols. Mais ce sont sans doute les personnages, leur épaisseur, leurs fragilités qui font tout le sel d’un fort bon roman qui se trouve être le premier de son auteur.
Je n’ai aucune observation à formuler sur le style lui-même, fluide, sur la construction en strates de l’intrigue qui permet une simultanéité claire. J’ai en revanche, histoire de chipoter, quelques réserves sur la traduction, qui malmène un peu la concordance des temps mais j’imagine qu’on n’a plus le droit de faire autrement que simpliste pour un polar ?
Quoi qu’il en soit, on peut recommander chaleureusement Je ne suis pas un monstre dont la chute, assez glaçante, permet de voir se dessiner le visage des vrais monstres de notre époque.

Tag(s) : #critiques
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