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L’été circulaire
Marion Brunet

Albin Michel 2018

Il y a eu l’Eté Meurtrier, roman de Japrisot dont l’héroïne fut incarnée à l’écran, de manière inoubliable, par Isabelle Adjani.  L’été de Marion Brunet est circulaire, comme l’est une scie. Potentiellement mortelle…
Céline et Johanna. Deux sœurs adolescentes. L’ainée, Céline, 16 ans  incandescents, met  le feu au futal des garçons avec lesquels elle joue à « cours après moi que je t’attrape ». Mais cet été-là, rien n’est pareil. Le père, maçon dur à la peine, un  tantinet alcoolo et pétri de complexes d’infériorités rageurs vis-à-vis de la famille de vignerons de son épouse, ne va pas du tout supporter la grossesse de sa fille ainée.  Si encore elle disait qui est le père, si on pouvait régulariser, éviter le ridicule et la honte… Mais Céline serre les dents, ne dit rien, et mène sa grossesse dans l'été caniculaire du sud de la France.
La vie est simple. Les gens sont simples. Ils comptent leurs sous, à l’heure qu’il est, ils ont sans doute enfilé un gilet jaune. Le quotidien est fait de petits bonheurs mais surtout de minuscules déceptions pouvant conduire à la rage, sublimée par la canicule, quand tout peut péter.
La narratrice, Johanna, n’a pas encore basculé dans l’âge de femme mais s’en approche à se brûler le cœur, peut-être bien…
Racisme ordinaire, tension au travail, petites vies sans grandes joies… Oui, cet Eté Circulaire pousse les cris stridents des dents aigues attaquant le bois, et l’on sent, dans la tension qu’instille savamment Marion Brunet, monter un drame horrible que rien, comme dans le théâtre classique, ne saura éviter.
De beaux personnages forts et touchants, une ambiance incroyablement pesante, une écriture qui évite les écueils de la complaisance ou du suspens artificiel, bref une efficacité totale au service d’une vérité aveuglante comme un soleil d’août.

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